Extrait de Témoignage du Dr David Servan-Schreiber

20 ANS DE LUTTE ET DE DÉCOUVERTES FACE À SON CANCER DU CERVEAU

 

Pourquoi les recommandations nutritionnelles

ne font pas encore partie du traitement conventionnel du cancer?

 

« Si c'était vrai, ça se saurait »

Comme tous les médecins, les cancérologues sont constamment à l'affût des avancées susceptibles d'aider leurs patients.

Ils participent tous lesPA160223 ans à des congres afin de se tenir au courant des nouveaux traitements. Ils sont abonnés à des revues scientifiques où les nouvelles études sont publiées, ainsi qu'à des revues professionnelles, de nature plus commerciale, qui commentent les études et les recommandations des leaders d'opinion sur un ton journalistique. Plusieurs fois par mois, ils reçoivent la visite de représentants de l'industrie pharmaceutique qui leur présentent les derniers médicaments disponibles sur le marché. Ils ont le sentiment d'être au courant de tout ce qui compte dans leur domaine.

Mais, dans la culture médicale, on envisage de changer les recommandations faites aux patients que dans un cas et un seul: quand il existe une série d'études, faites « en double aveugle », démontrant l'efficacité d'un traitement chez l'humain. C'est ce qu'on appelle, légitiment, "la médecine fondée sur les preuves".

Par rapport à ces études expérimentales chez l'humain, l'épidémiologie n'est considérée que comme une source d'hypothèses. D'autre part, pour un cancérologue qui passe ses journées au contact des patients, les études faites en laboratoire sur des cellules cancéreuses ou sur des souris ne sont pas prises en considération tant qu'elles n'ont pas été confirmées par des études humaines à grande échelle. Elles ne constituent pas encore des « preuves ». Même quand elles sont publiées dans Nature ou Science, elles n'arrivent généralement même pas sur l'écran radar de ces spécialistes qui n'ont guère le temps d'explorer le travail pourtant colossal réalisé en laboratoire. Et comme ils n'en ont pas entendu parler dans leurs sources habituelles, ils ont le sentiment que « ça ne peut pas être vrai, sinon je le saurais ».

La validation d'un médicament anticancer jusqu'au stade des expériences sur l'humain en nombre suffisant coûte aujourd'hui entre 500 millions et un milliard de dollars. Ce type d'investissement apparaît justifié lorsqu'on sait qu'un médicament comme le Taxol rapporte à la compagnie qui en détient le brevet un milliard de dollars par an. Il est en revanche absolument impossible d'investir des sommes de cet ordre pour démontrer l'utilité des brocolis, des framboises ou du thé vert et etc (qui contiennent des enzymes qui combattent le cancer) puisqu'ils ne peuvent pas être brevetés et que leur commercialisation ne remboursera pas l'investissement initial. Nous n'aurons jamais, pour les bénéfices anticancer des aliments, d'études humaines de même calibre que pour les médicaments. Du coup, il est fréquent que l'on entende: « Toutes ce études chez les souris, ça ne prouve rien chez l'homme. » Et c'est juste. (y compris pour les médicaments)

Cependant, je suis convaincu qu'il n'est pas nécessaire d'attendre des résultats pour commencer à introduire ces aliments anticancer dans son alimentation.

  • Ne fait courir aucun danger à ceux qui le suivent;

  • Entraine, au contraire, des bienfaits pour la santé qui dépassent de toute façon très largement le cadre du cancer, effets bénéfiques sur l'arthrite, les maladies cardio-vasculaires, la maladie d'Alzheimer, etc.

 

« Ne nous embête pas avec ton régime! »

 

Plus grave peut-être est le fait que la nutrition est une discipline à peine enseignée en faculté de médecine. Dans de nombreuses facultés, les concepts de nutrition sont saupoudrés au sein de l'enseignement d'autres disciplines, comme la biochimie ou l'épidémiologie. Mes connaissances en nutrition avant que les médecins tibétains éveillent mon intérêt pour cette branche de la médecine étaient très inférieures à celles d'un lecteur moyen de Elle. En caricaturant à peine, j'avais appris que:

  • les aliments sont composés de glucides, lipides et protéines, vitamines et minéraux,

  • si on souffre d'obésité, il faut absorber moins de calories,

  • en cas de diabète, il faut manger moins de sucre,

  • en cas d'hypertension, moins de sel

  • en cas de maladie cardiaque, moins de cholestérol.

Mon ignorance en matière de nutrition m'a longtemps mené à adopter une attitude dédaigneuse vis-à-vis du rôle thérapeutique des aliments. Je préférais, moi aussi, des traitements issus de la branche noble de la médecine: les médicaments.

 

Je me souviens très bien d'un diner de cardiologues, dans les années 1990, auquel j'avais été invité à donner un cours sur le lien entre la dépression et les maladies cardiaques. Pour persuader ces médecins très sollicités d'assister à la soirée, la compagnie pharmaceutique qui organisait l'évènement nous avait réunis dans un des meilleurs restaurants de Pittsburgh – un restaurant entièrement dédié à la meilleure viande de bœuf des États-Unis. L'une des cardiologues refusa la suggestion du maitre d'hôtel de commander une superbe pièce de chateaubriand (de 700gr!). Elle lui dit gentiment qu'elle surveillait son cholestérol et lui demanda s'il était possible d'avoir plutôt un plat de poisson. Elle si fit immédiatement charrier par le reste de la tablée: « Prends ton Lipitor et ne nous embête pas avec ton régime*! »

*Le Lipitor est le médicament qui a rapporté le plus d'argent à l'industrie pharmaceutique de toute l'histoire. Au plus haut de ses ventes, il rapportait plus d'un million de dollars par heure, 365 jours par an (9 milliards de dollars par an).

Cette réaction ne m'avait même pas particulièrement frappé à l'époque. Elle traduit parfaitement l'état d'esprit dans lequel nous, médecins, baignons généralement: s'il y a un problème, il y a un médicament. Même dans le cas des cardiologues, qui admettent volontiers qu'on peut réduire son risque de maladie cardiaque en modifiant ses habitudes alimentaires, notre culture médicale nous pousse à négliger cette approche et à préférer au fond une intervention pharmaceutique plus « contrôlable », donc plus « noble ».

Source:

ANTICANCER - Dr David Servan-SCHREIBER

Décédé le 24 juillet 2011

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C'est un livre émouvant et captivant même si on ne souffre pas d'un cancer au d'une autre maladie. Son témoignage – dans mon point de vue - équivaut aux recherches en labo, aux études et aux statistiques au sujet du cancer; pendant 20 ans il a su repousser la mort qui était prévue au bout de quelques mois suite au dépistage. Le parcours et la conversion de son état d'esprit de médecin, nous dit beaucoup sur la condition humaine. Et par la même occasion on saura pourquoi il y a autant de maladies...

L'alimentation - celle qui est le plus naturel possible (peu cuits, peu stockes et peu transformés) - n'est pas le seul moyen de prévention, mais toute une symbiose d'éléments qui permettent à nos cellules de se développer harmonieusement. Parmi toutes ces choses, le bien-être, l'amusement, le rire font aussi partie des thérapies naturelles et quotidiennes que nous avons à portée de main... en plus pour pas cher. Profitons-on!

Un peu de musique? Comme dans un mixe fruité, il y a pour tous les goûts!


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