20140322_155523 (copie)...sans blague!

 

5H BRUXELLES S’ÉVEILLE

Pendant 3 petites années j'ai joué les pendulaires entre Genève et Bruxelles.

Heureusement, pas tous les jours ou je ne serais pas là en train de vous écrire ce qui suit…

j'aurais sûrement eu une overdose ou une syncope avec une mort certaine.

Cela fait 20 ans que je fais des sports d'endurance et de résistance, mais là mon cœur... est... comment dire - fragile et très sensible.

Par avance, que certains me pardonnent !

Sur ce,

En raison d’études et de travail, je faisais régulièrement 1600km de trajet aller-retour. Je traînais dehors au petit matin pour attraper le 1er bus, le 1er vol, le 1er train, le 1er métro du jour fatidique… le tout à pas de course avec des souliers de ville. Le temps de parcours de porte à porte d'un allé simple 3h – y compris l'attente pour passer la sécurité, celle à Gva est en zigzag (or si on a des yeux pour voir et une bouche pour demander, cela prend 30 secondes). Retour presque idem mais plus difficile pour passer la sécurité à Bru, je ne vous dit pas le traitement que mon sac subissait et parfois même je devais recommencer la longue queue…

Tant que je me trouvais en terrain helvétique mon cœur marchait a un rythme régulier et cadencé.

Arrivée et posée mes deux souliers sur le tarmac flamand ils changeaient de couleur… mais là encore je me sentais en sécurité, tout allait bien… en sécurité ? Un mot qui sonne un peu estropié aujourd'hui (toutefois, le risque 0 reste un risque inaccessible où que nous soyons).

Traversée longue et sportive sur quelques km's de couloirs, tapis et escaliers roulants, y compris la pose pipi dans un wc à contre sens à mi-parcours caché à gauche sans indication aucune et qui était PROPRE et sentait BON ! Cherchez pas... aujourd’hui il n'est plus accessible ! Le tout en 12min précise pour ne pas rater le train.

So far so god !

Direction gare Central > sortie du train tout me semblait banal à une gare d'ici ou d'ailleurs. Direction métro > je cherche de mes yeux les panneaux indicatifs, j'arrive dans des couloirs… aie AD aaah ! Les murs sombres, sales et les courants d'air qui ramènent jusqu’à mes trous olfactifs une odeur nauséabonde TD+. Je continue… j’étais engagée, jusqu’au point de mon retour… dans une atmosphère différente de celles que je fréquente, quelques corps jonchés au sol, enrobés dans de vieilles couvertures voir des journaux à défaut. Je ne savais plus s'il fallait marcher vite ou ralentir, prendre le temps de m’imprégner de cette vision, de ces odeurs… heu j'avais le temps, j'avais le temps... je viens a peine de commencer, j'ai mis le turbo à mes talonnettes.

Oups, je ralentis… je vois une dame parmi tous ces... je n'ose même pas à poser le mot, elle était assise enrobée d'une couverture un peu plus propre et organisée par rapport à ses congénères, elle avait une coupelle posée au sol avec quelques sous.

Oui, non, que fais-je ? Bah c'est non ! Besoin de la monnaie pour les tickets ou cas (dit l'helvétique avec ces 3 repas journaliers et autres amuse bouches superflus). Mon temps est compté à la minute prêt et je ne peux pas me le permettre.

Ah mince ! Le métro… sous mon nez !

D'autres fois, je regardais ce qu'il y avait comme magasins pour acheter quelque chose à la gare, mais rien d’intéressant à part des crasses de pâtisseries standard que je n'offrirais même pas à mes ennemis… mais peut-être qu'ils avaient du plaisir avec ce type de nourriture comme la plupart des gens ; je pense ça, je ne pense rien !

Ok ! Un beau jour... un sachet d'une demi douzaine de croissants, aller zou ! Comment dois-je m'y prendre ? Que vais-je leur dire ? Un croissant ? J’espère que vous passerez une meilleur journée que celle d'hier ? Bref, je pars avec mon paquet - qui vivra verra - je tends un croissant en silence et petit sourire aux lèvres, j'avais presque envie de pleurer, j’avais mal pour eux… ou mal pour moi d’être ici, tout se mélangeait, je me retenais, je grimaçais en souriant, il faut que mon maquillage tienne la journée.

Certains de ces jours tombaient le dimanche... et les dimanches étant donné que c'est le jour du Seigneur, il y a moins d'agitation, tout le monde ou PRESQUE est au repos aux heures auxquelles je devais zoner pour arriver à bout de mes correspondances.

Tout au long de ces 3 ans, je n'ai pas eu vraiment le temps de visiter la ville. Mais à force de changer de quartier pour éviter certaines gares et trouver des endroits propres et agréables à crécher lors de mes séjours, j'ai pu voir quelques paysages. Bétonnés, délabrés, des buildings vitrées à l’abandon… mais que fait Bruxelles ? Porte de l'Europe, siège centrale… heuu oublions !

Je traverse souvent les parcs pour voir un peu de verdure et autres composants un peu plus naturels... tiens au petit matin j'ai cru apercevoir une marmotte… mis non, voyons animal typique des alpes ! Bah, quelqu'un a bien introduit les perruches vert émeraude à Bruxelles, pourquoi pas des marmottes ?! Je suis ses traces, j'essaye de la débusquer discrètement entre les arbustes… ciel, non non... ça doit être sûrement un ragondin de ville… oulàà… je crains que les bruxellois ont du soucis à se faire !

Revenons sur le PRESQUE mentionné un peu plus haut, nous trouvons plusieurs catégories à l’intérieur de ce presque.

Il y a bien sur ceux qui se reposent, mais à vue de tout le monde et enrobés dans des infortunes de destin, mais ils sont là calmes, tranquilles et ne dérangent personne… mais ça je ne le dis que maintenant. Après il y a les fêtards que finissent leur nuit et encore éméchés ; lorsqu'ils croisent une nana seule à des heures sombres, ils ne peuvent pas s’empêcher de l’approcher ou de dire de babouin-zeries racollantes... malgré mon age avancé, rien ne les retenaient. Suivit de ceux qui traînent bouteille à la main, qui sentent le kérozène à des kilomètres... et que je priais le ciel pour que personne m'adresse la p a r o o o o l e…

Tiens des securitas sur le quai, discrètement je leur emboîte le pas… un fait le double de ma taille, ça tombe bien il ne me voit même pas… je les colle... sans trop coller obviously, et en attendant le train je peux respirer pendant quelques secondes tant qu'ils restent proche. Il fait froid, les courants d'air et les odeurs ne m'invitent point à m'attarder… Ah une salle d’attente semi-fermée, je jette un œil... Ô un couché, l'autre à vomi, d'autres ont leur bouteille en main ou à leurs pieds... quelques personnages ethniques de pays lointains… pas de visage familier, ni d'habits un peu plus... ciel on dirait des peigne-cul (je me permets les mots de Brel, qui tombent à pic)...arggh... je sens la tête qui tourne et je préfère rester au froid.

Oh non ! Les securitas s’en vont du quai, noooon… dans ma tête, je les suppliais de rester, avec envie de les tenir par le bras, non zilvouplé... ne me quittez pô... me laissez pas... toute S E U L E… comme quand ma mère sortait le soir et me laissait seule avec mon désespoir, je suis malade... Clin d’œil à Lama sans que personne s’aperçoive. Je me retenais, je n’étais pas toute seule et était lààà le problème - respire profondément... cette odeur de putréfaction ferrugineuse... et tout se passera bien - je gère ma panique… le train arrive ouuf !

Je scrute avec google map une gare propre, décente et un quartier un peu plus... plus BcBg… tiens une gare flamboyante toute argentée... whouau, devinez devinez ? Place du capitalisme, Bruxelles du parlement. Je n'ai pas trouvé mieux, je prends !

Une fois sur place au petit matin, gare propre, assez récente, sans odeur et vide… rien traîne au sol. Oups, 2 jeunes d'une couleur plus sombre que la mienne… oulala, ça sent les jeunes qui s'ennuient et que leur nuit était naze. Je pars à l’opposé dans l'espoir qu'ils ne m'ont pas repéré, non non je ne suis pas parano, c'est juste une impression. Je cherche mon quai et l’endroit où descendre… trop tard, ils m'ont vu.

J'arrive sur la plate-forme... pas un chat ni un rat mais si je cherche je trouverais.

Mes yeux scannent rapidement les lieux ou cas il faut agir... 2 rails à traverser avec plein de fatras au milieu qui divise les deux voies et un autre quai en face. Mais le quai est aussi haut que moi, il faut faire des bonds avec des souliers et des habits inappropriés. Il me reste les tunnels, je me trouvais au sous sol, la gare est souterraine et d'un coté et de l'autre ce sont que des tunnels.

Ciel, attendre ici c'est une mauvaise idée et je me presse de revenir sur mes pas… les 2 jeunes gens descendent. Le passage est suffisamment large, ils prennent l’escalateur et moi les escaliers en béton… je passe devant eux tête levée... je la joue helvética, je les regarde brièvement et je dis bonjour d'un air désinvolte comme dans les petits villages perchés en altitude où tout le monde se dit bonjour. Ils se marrent et remontent l'escalateur à contre courant… ma noradrénaline décolle... les lumières rouges s'allument et je devais faire avec mes propres moyens, personne en gare ni dans la rue. Je garde un pas ferme je vais en direction de la sortie et du panneau des arrivées et des départs... je ne veux pas rater mon train ! Je les regarde, ils se sont arrêtés à 20m dans ma direction et rigolent entre eux.

Là où je me trouve j'ai d'autres escaliers plus proches pour accéder à la plate-forme du train, je sors un livre, je reste debout - r e s p i r a t i o n profonde et c o n t r ô l e de la situation - sans rien contrôler le tout en faisant semblant de lire… le train arrive et je saute dedans… je ne les ai plus revu !

Lorsque que je suis sur un glacier, je suis moins hypocondriaque, tout en sachant les risques et les pièges qu'ils referment, je les trouve plus hospitaliers et accueillants... Ciel, j'aurais du choisir des études sur les manchots au pôle sud !

Avec le recul je ne peux que rire de ma condition humaine, de mes choix que je regrette ou pas.

A mes dépends et à la fin des 3 ans j'ai obtenu la ceinture noire en Feng Shui – Zen soyons zen, sans amour et sans haine, chante Zazie… resterais quand même … Z E N !

 

Lors de la dernière année (2014), la gare Centrale avait subit un lifting en lumière, peinture, odeur et autres. Certains trains qui ne devraient même pas être nommés trains - qui dataient de la 2eme et qui sont restés en circulation comme monument mobile historique - ont été remplacés par des wagons plus modernes, propres et confortables… par la même occasion profiter il faut des 3 et 4 étoiles à des prix abordables, mais GARE aux services ! :D

 

Bon séjour tout plein d’émotions où que vous soyez !

Pimp Renelle